© Jehan non Rictus

Poème fantaisiste

Inspiré par Jean Rictus - Prières

Introduction

Oh grand Dieu, dites-moi si vous existez, et faites-moi votre plus gracieux sourire. Mon cœur est gros et j’aimerais vous parler. Sincèrement, vous parler. Depuis que je suis gamin je ne suis qu’un clampin. Le travail m’a ruiné, je n’ai même plus de quoi m’acheter un bout de pain. Pour dire vrai j’en ai vraiment après ces sales types que l’on nomme concurrents, et qui imposent une souffrance à toute l’humanité. Le socialisme est immoral comme disait Krishnamurti, il impose comme toutes les religions des règles et tyrannise nos esprits. Ne devrions-nous pas être libres ?

Dès lors que je vois ce que l’on nomme république, mes mains se mettent à trembler. Cette doctrine a gâché ma vie, elle est désormais bien ratée. Le peuple n’a en réalité aucune autre liberté, qu’il manifeste ou non en masse, que de crever physiquement.

La charité voudrait que l’on me rende mes belles années afin que mon présent ne soit pas étiolé. J’ai lu des livres et ai vu passé la sagesse, sans jamais avoir pu m’en imprégner. La morale n’est pas une caresse.

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Je les ai bien entendu, tous ceux qui m’ont dit « tu as de la chance, tu es jeune et fort, ce sera facile ». Foutaises, l’Alsace Lorraine serait libre si la force existait. Mais ce n’est pas moi qui l’ai perdu, où ont donc été nos braves à cette belle époque ?

Mes parents déjà m’oppressaient, la patrie a seulement pris le relai. Les poings dans les côtes je connais, ça ne me fait même plus d’effet. Mais ça laisse des traces. J’ai fait tous les métiers d’esclaves, tout ce que l’on m’a demandé, mais je n’ai jamais pu gagner un soupçon de liberté. Mon cerveau est maintenant cramé, ça ne va pas être de payer le loyer. Rien qu’à voir ma tête certains prendraient peur. Reste que j’essaie d’écouter, écouter vraiment.

La gloire

Si la gloire venait un jour, mais quel espoir d’esclave, je me ferais tatouer « amor fati » pour ne pas oublier. Ne pas oublier que le temps passe mais que rien, si ce n’est l’important, ne s’efface.

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Vous pourriez me dire que les amis sont là, eux, au moins. Mais quels amis ? Il m’en reste quelques-uns qui valent la peine, les autres ne m’intéressent pas. Ils fuiraient à la première difficulté, dignes des grands syndicats. Le meilleur des amis reste pourtant, mais il ne veut pas comprendre le fond de mes pensées, restons superficiels pour ne pas voir la grossièreté. Après tout André Gide nous a élevé, l’Immoraliste reste bien ancré et enraciné. Marceline, si tu savais !

La gloire me diriez-vous ? Que faire de la gloire lorsque l’on sait que l’on ne peut pas posséder un beau cheval, puisque le cheval n’appartient qu’à lui-même. Chaque chose ne peut être gouvernée que par l’âme qui lui est propre, c’est sa volonté inaltérable. Et nous faisons partie des redressés, n’ayant pas eu la chance de naître droit. Il nous reste donc le sacrifice, l’amour de son destin.

En parlent d’amours, quelle histoire ! La vie les a massacrés, j’ai chialé puis les ai enterrés. Grand Dieu ! La fin approche et je suis tellement perturbé. Tous ces beaux jeux inventés pour passer devant les premiers… Mais quelle humanité ! Les cendres qui resteront, ce n’est pas eux qui les ramasseront.

La fin

C'est terminé, n'en parlons plus.

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